Posté par Cedric, le 31/03/2008 - Business 2.0
La récente décision de justice dans l’affaire Fuzz, ainsi que la récente actualité des start-ups laissent à penser que l’homme prend progressivement sa « revanche » face à la machine.
A l’ère du web participatif, nombreux sont les acteurs qui se voyaient déjà profiter d’un afflux illimité de contenu, sans rien faire d’autre que d’offrir une plateforme technique permettant aux utilisateurs de s’exprimer. Coté modération de contenu, la création du fameux lien « report spam » permettait au modérateur de dormir jusqu’à ce qu’on le sonne, et de faire la sieste légitimement jusque là. Enfin, coté technologies, un vent d’innovation formidable nous a laissé penser que la machine allait seule pouvoir gérer tous les aspects pénibles d’un site, comme la catégorisation des images et des textes.
Mais depuis 2004, on a énormément appris sur le comportement des sites participatifs, et force est de constater que très peu de modèles fonctionnent de manière totalement automatisée. A part Facebook et MySpace qui n’offrent rien d’autre qu’une plateforme technique, des sites comme Dailymotion ou Youtube ont des services éditoriaux complets, pareil pour Yahoo! sur Answers, etc. La raison est assez simple. L’UGC (user-generated content) permet un flux entrant d’information, une information qui mérite d’être retraitée et qualifiée pour augmenter la valeur ajoutée du service à l’utilisateur, une fonction que la technologie ne suffit souvent pas à remplir. Ainsi, comment une technologie pourrait-elle distinguer une vidéo à mettre en avant d’une vidéo banale ? Comment une technologie permettrait-elle à Yahoo! de distinguer un expert ou un utilisateur clé parmi sa communauté ?
L’évolution technologique s’est beaucoup concentrée sur les moyens de qualification d’une base de données en utilisant là encore l’UGC. Une sorte de deuxième niveau d’UGC : le premier niveau sert à remplir les bases de données, le deuxième à qualifier le contenu inséré. C’est l’objectif de concepts comme Criteo, et comme toutes les autres technologies de recommandation ou de notation. La notation est un système « magique » par lequel des humains vont pouvoir eux-mêmes qualifier une base sans l’intervention d’un administrateur. Cette technique est efficace mais ne saurait répondre aux besoins éditoriaux spécifiques des sites. Enfin se pose la question de la fiabilité des données, puisqu’il est relativement simple de créer des profils automatiquement pour influer la machine d’une manière ou d’une autre.
Le retour à l’humain répond donc d’une limite des technologies actuelles, d’une prise de conscience de l’importance de la qualification du contenu (en vue de sa monétisation), et d’un souci croissant de la production d’un contenu unique comme garant de la fidélité des internautes. Proposer une structure facilitant des interactions entre membres est un modèle éprouvé, mais comme l’a bien démontré la désaffection rapide de MySpace pour FaceBook, l’absence de contenu original créé des utilisateurs volatiles, qui s’en iront du jour au lendemain dès qu’une plateforme plus facile d’utilisation leur sera proposée. L’utilisateur étant conscient de ses efforts pour créer le contenu de la plateforme, il souhaitera naturellement proposer ses services là où cela lui semblera le plus approprié (donc souvent là ou c’est la mode). Il y a d’ailleurs fort à penser qu’à tout miser sur l’UGC, et qu’à faire traduire son site par une communauté de membres, FaceBook met tout en place pour créer les conditions d’une désaffection future(1). L’intervention de l’humain, c’est donc retirer du pouvoir de création à l’utilisateur, et créer cette valeur ajoutée en interne pour mettre en place des liens de fidélité supérieurs entre la communauté et le site.
A ce constat né des 4 ans d’expériences communautaires, on ajoutera le rôle du législateur. A l’image de la récente décision de justice dans l’affaire Fuzz, il est désormais indéfendable pour un founisseur de contenu de se contenter d’une posture passive avant de modérer son contenu. L’aspect éditorial n’est donc plus une option, mais une nécessité, et aucun algorithme n’est encore capable de distinguer une information d’un simple ragot de vie privée.
Enfin, la technologie. Les puristes pensaient (et certains pensent encore) la science suffisamment avancée pour tagger des photos automatiquement. Un travail rébarbatif, universel, et qui a vocation a être obligatoire vu l’avènement du web sémantique. Donc quand une nouvelle société comme TagCow se lance, tous les fantasmes technologiques apparaissent. Or c’est une certitude, le tagging est fait à la main. Aucune machine ne peut encore appréhender la variété de concepts présents au sein d’une même image. Cela arrivera sans doute, notamment grâce à l’auto-apprentissage statistique, mais doit pour l’instant passer par des armées de globes oculaires. Même le géant Google l’a compris, et a créé des jeux permettant d’utiliser l’UGC pour faire un travail manuel (méthode plutôt radine mais qui a l’avantage de marcher).
Il faut donc redorer le blason de l’intervention humaine. Elle n’est pas le parent pauvre du web moderne, mais sa déclinaison la plus noble, puisque celle qui est seule capable d’enrichir et d’embellir un contenu déstructuré en service fidélisant, passionnant et informatif.
Note : (1) J’ai participé au projet de traduction FaceBook (comme 2000 autres personnes), et le fait de n’avoir aucun privilège à avoir fait gratuitement un travail que je sais être extrêmement onéreux joue certainement dans mon inconscient, ce qui a aboutira certainement à une désaffection immédiate dès qu’un outil plus populaire apparaitra. Faire participer les utilisateurs est une bonne chose, dès lors qu’on sait les récompenser, sinon c’est juste une utilisation malsaine en vue d’économiser de l’argent, ce qui n’est jamais très bien perçu.
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